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St Yrieix à la une !
Trois femmes et un homme à Saint- Yrieix le Déjalat.
Le magazine du Plateau de Millevaches est disponible à la mairie.
Le spectacle côté coulisses
Article poétique de Pascale Le Louarn costumière
Le local fourmille, chacun tente de rassembler ses affaires et de compter ses accessoires. Certains ne se posent pas de question et piochent chez le voisin ce qui vient à manquer.
Et puis les choses se compliquent, telle partie des vêtements est personnelle, telle autre est à partager à plusieurs ou à dissimuler sous un premier costume. C’est le moment des plaintes et des chamailleries, "on m’a volé… j’ai pas trouvé alors j’ai pris celui-là… j'ai oublié mes chaussures… ". On se débrouille en troquant, en rafistolant, en cherchant. La fabrique dans l’urgence fait partie des bons moments que les enfants racontent, "on a eu chaud".
Après plusieurs mois, ils sont partants pour sortir des conventions vestimentaires et ils aiment changer d'apparence. L’extravagance et la démesure n’effrayent plus, elle est source de convoitise, il faut sortir de la malle encore plus de trésors. La distribution des accessoires leur indique leur itinéraire dans la pièce et les rassure. A ce moment-là, l’objet manquant fâche le personnage, "on n'est pas guerrier sans une épée". Les adultes réparent les accrocs et parent aux imprévus. Les enfants ont plaisir à ne pas êtres découverts, ce jeu de cache-cache avec le public et la surprise aux parents les tient en haleine. Ils se taisent depuis plusieurs mois déjà et savourent l'ignorance des spectateurs.
Dans cette pagaille, les plus habitués redisent des passages et s’entendent sur les derniers réglages pendant que les plus jeunes naviguent d’un endroit à l’autre à la recherche d’une habilleuse. Les voix s’élèvent, les portes claquent encore, les circulations sont confuses, mais peu à peu les personnages détrônent les enfants et imposent leurs démarches et leurs caractères. Les déplacements sont plus lents et les chahuts régulés par ceux qui connaissent : "chut! tu vas tout gâcher".
Les clowneries personnelles sont de moins en moins appréciées. Si on joue tout seul, on empêche l’autre de faire. Les enfants comprennent l’importance de leur présence dans le jeu et des accords à tenir entre eux. Chacun son rôle dans cette histoire-là. Les adultes qui étayent le cadre ont à alléger les tensions en traçant des repères singuliers pour certains et en rappelant les promesses communes de discrétion, d’écoute, de patience. La solidarité se brodera autour des actions et des péripéties du spectacle. Comme dans un film muet, les acteurs diront par mimiques et par gestes ce qui leur arrive pendant le jeu.
Les enfants ont endossé leurs accoutrements, les uns réajustent leur texte, on s’admire dans le miroir, l’un boutonne l’autre, tous ont besoin de s'aider. C’est le temps des parades et des compliments, ils se sentent beaux et se régalent par un coin du rideau de cette salle remplie pour eux. Les répétitions ont aidé à apprendre à faire seul, à maîtriser l'habillage et à le porter. On a le droit de ne plus se parler de la même manière, les adultes sont au service des comédiens et répondent à ses demandes, et les comédiens se sentent la responsabilité de raconter l’histoire jusqu’au bout. Pendant le jeu, les adultes exécutent les ordres des enfants, le déroulement du spectacle impose le changement de place et de fonction, nous soutenons leurs interprétations, quoi qu’il se passe.
Les enfants les plus expérimentés échafaudent des plans de secours quand vient la question du "si jamais il se passe une chose qu’on a pas prévu… le trou de mémoire… l’entrée ratée… l’autre qui dit n’importe quoi" et si on ne savait plus jouer? Alors les anciens se souviennent des galères traversées et des conventions passées ensemble "jamais abandonner l’histoire… c’est pas toi qui te trompe, c’est ton personnage, il faut se débrouiller pour rester et faire-semblant… Et puis il y en a qui t’aideront, c’est pas grave de se tromper, on a le droit de transformer si on n’arrive pas à le dire…" Le doute fait place aux ruses, les enfants inventent des signaux, des rythmes pour remplir les vides. Des relais sont mis en place, ici souffler c’est valorisant, tricher est conseillé. Les adultes ont pour consigne de garder leur peur pour eux et de dédramatiser celle des enfants en jouant le jeu à leurs côtés. Ils répètent le parcours avec l’enfant, l’accompagne à sa demande, l’écoute, lui propose des béquilles, encourage ses bricolages de dernières minutes parce qu'ils lui servent à braver la foule.
Les coulisses, pendant le jeu sur scène, deviennent des pistes d'envol et d’atterrissage imprévisibles, lieu étroit de réception et de départ de héros convaincus qui dissimulent toujours des enfants. Zone des cœurs battant entre trouille et courage, la passerelle vibre sous les pas des acteurs au fil des allers et retours. Passée la frontière, les enfants voudraient crier leurs impressions. Mais dans le silence des coulisses, on adapte le langage, on grimace et on acquiesce avec le pouce en ravalant nos fous rires. Il faut différer la jubilation pour ne pas déranger celui qui passe à son tour. Les personnes inactives tendent l'oreille pour participer aux bruitages et aux chants en voix-off. Cette complicité pendant la représentation crée des occasions de rapprochement auparavant improbables. Les enfants se révèlent et s'encouragent lors de leurs passages sous les projecteurs: "c’est trop bien, mais ça passe trop vite, il l'a trop bien fait, j'étais ému" ils ont adopté leurs personnages au point d'en oublier leur prénom.
Au début du montage,pour les enfants, le théâtre ce n'est pas normal : "une robe ça fait fille j'en veux pas et puis j'ai un sale tête et une drôle de voix, j'ai peur, je n'veux pas". Et plus c'est bizarre, moins c'est inquiétant en compagnie des autres, quelqu'un montre et l’on essaye tranquillement de jouer quelque chose qu'on sait ou qu'on explique. Bien vite l'évasion opère des changements dans l'ordinaire, les enfants s'approprient la rêverie et participent aux trouvailles. Des répliques deviennent ritournelles, morceaux de phrases choisies qui servent de passeports entre initiés, traces gardées d’une expérience artistique vivante pas si éphémère que ça.
Pascale Le Louarn





06 / 05 / 00
21 / 29 / 00 



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