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Trois femmes et un homme à Saint- Yrieix le Déjalat.
Le magazine du Plateau de Millevaches est disponible à la mairie.
Ulysse carnet de bord
Un voyage scolaire et théâtral
Comme je l’ai exprimé dans mon projet pédagogique, l’apprentissage que je propose aux enfants réside dans le fait que ce n’est pas l’enfant qui va apprendre les techniques de l’art théâtral mais que l’art théâtral va apprendre à l’enfant.
Le parti pris est de monter une pièce de théâtre et de tout mettre en œuvre autour de cet acte. Je prends en compte que l’enfant sait déjà quelque chose, qu’il sait déjà jouer (puisque c’est un enfant) et que la pièce de théâtre, ses personnages, son univers costumé, ses décors vont lui offrir un cadre d’expression mais aussi mettront en lumière des manques, des incompréhensions et des lacunes auxquels nous répondrons par des apports techniques et des expériences sensitives.
De la même manière depuis trois ans, nous avons posé par conviction, le jeu théâtral et les actes en faveur des enfants comme les deux axes principaux de notre travail. Nous espérions que cette démarche entraînerait dans son sillage toutes sortes d'actions, et de réalisations, de questions et de rencontres, que le théâtre serait le moteur d'une expérience culturelle forte au sein d'un petit village de campagne et c'est ce qui est arrivé. Nous avons accepté que le théâtre nous bouscule et un ensemble de personnes s’est retrouvé pour travailler autour de cette idée.
Cette année pour porter à son terme le projet d'Ulysse, un comédien professionnel a travaillé avec un écrivain sur l'adaptation de l'odyssée en pièce de théâtre. Il a ensuite préparé et encadré bénévolement au sein de l'école 60 séances de théâtre pour 22 enfants. Un groupe de 6 bénévoles s’est constitué pour effectuer 60 journées de travail pour la fabrication des quelque 44 costumes, 29 perruques, des épées, des boucliers, du bateau d’Ulysse, du chariot des dieux et autres queues de sirène. Ils ont participé au montage et répétitions de la pièce, à ses deux représentations puis au démontage au rangement et au bilan. 4 jeunes adultes se sont mobilisés pendant 5 jours pour aider au montage technique, pour la régie son et lumière et exécuter les changements de décor sur le plateau. Un caméraman a travaillé 3 jours sur le captage de la pièce, une autre personne 20 jours pour le montage du film. Un employé communal mis à disposition par la municipalité a travaillé 8 jours à temps plein pour monter la structure scénique, et équiper la salle pour accueillir la pièce de théâtre et le public. Nous avons utilisé un atelier qui nous a été gracieusement prêté pour pouvoir fabriquer les décors, costumes et accessoires, fabriquer des rampes lumineuses et des rideaux de scènes. La mairie nous a prêté la salle des fêtes pendant 6 jours et a financé quelques aménagements techniques. Le théâtre de l’union à Limoges nous a confié des projecteurs et l'association des parents d'élèves a permis de disposer d'une régie d'avance pour acheter et louer du matériel. Nous nous sommes arrangés pour faire la promotion du spectacle et accueillir les 230 personnes du public dans les meilleures conditions possibles. Ce travail fut alimenté tout au long de son processus par les enfants qui ont vécu et travaillé courageusement pour approcher les exigences du théâtre dans des conditions parfois très proches d'une véritable expérience professionnelle.
Pourtant nous nous apercevons, après avoir pris un peu de recul que malgré la richesse des moments vécus, nous avons frôlé l'asphyxie. Asphyxie, pas tant au niveau du souffle qui n'a pas manqué dans l'équipe, mais au niveau de l'oxygène qui s'est quelque peu raréfiée. La définition de l’art que nous défendons implique de se débrouiller avec ce qui fait défaut, de réussir avec des pièces d’échanges, de construire des perruques avec des plumes de poules, de travailler avec des morceaux de costume, du carton et des bouts de décors. La richesse des trouvailles artistiques que le public a découvertes le souligne. Cet art s'apparente à celui du bricoleur. Le bricoleur utilise les matériaux qui sont à sa disposition mais, au bout d’un temps, son univers se restreint et devient clos même si il influe très positivement sur ses créations et ses inventions. De même le répertoire que nous utilisons, la multiplicité des outils et des matériaux dont nous nous sommes servi, la place que nous y avons consacré ne suffisent plus et doivent être complétée.
C'est au moment d'ouvrir vers l'extérieur qu'il nous a fallu déployer une énergie disproportionnée, pour pallier aux moyens financiers sommaires, au manque de locaux, à une participation humaine et institutionnelle discrète. Je m’appuie avec beaucoup de confiance sur le matériau humain. La richesse culturelle de chaque individu, enfants ou adultes qui constituent le groupe que nous formons contient cette idée de pluralité entre des savoirs très personnels et des apports que chacun puise à l'extérieur. Ce matériau humain est loin d'être épuisé, mais demande à être alimenté. La personne qui s'est initiée à la lumière cherche à approfondir son apprentissage, celle qui fait les costumes à trouver les matériaux et les contacts qui pourront lui être utile, les institutrices utilisent l'expérience des enfants pour travailler sous un autre angle le Français, l'histoire, la poésie et elles prévoient d'emmener les enfants voir un spectacle de théâtre. De mon côté, je poursuis mon parcours professionnel de théâtre et de cinéma, j'assiste à des spectacles, je viens de finir le montage du film d'Ulysse, et j'adapte un roman pour la prochaine création de l'école. Enfin, avec d'autre, nous venons de créer une association pour élargir notre action à un groupe de théâtre pour les adolescents.
C'est d'avantage sur le plan financier et organisationnel que nous avons besoin de continuer à ouvrir nos projets vers l'extérieur, de trouver d'autres partenaires, d'autres financements, de prendre en compte que le montage économique d'un projet fait autant partie du travail que le coté artistique. L'éducation et la culture ne sont pas immédiatement rentables mais je les préfère à l'ignorance. Innover relève de l’art et demande de l’audace et des moyens. C'est aussi un peu l'objectif de cet article que de tenir le spectateur et le citoyen au courant des efforts financiers et humains que nous avons consenti pour créer ce spectacle. Cette année, bon nombre de personnes et beaucoup d'enfants ont souhaité que nous poursuivions notre action et il est évident que le désir et l'envie sont aussi les moteurs primordiaux pour nos engagements.
Peut-être nous manque-t-il encore d'essayer de métisser, d'aller chercher à l'extérieur de notre monde, de tenter de lier ce qui ne peut être lier, d'accorder des lieux des gens et des expériences, tout en protégeant l'idée de bricolage qui procède de l'articulation et de la richesse d'un savoir plus individuel. De maintenir l'équilibre entre le «local», le «chez nous» et le global, l’ailleurs dans sa dimension universelle, pour y trouver un mi-lieu c’est-à-dire un endroit entre les deux, un peu particulier, sur lequel nous serions heureux que s'assoient nos prochaines aventures théâtrales.
Je souhaitais, sans adversité aucune, rendre compte du travail de toutes les personnes qui ont participé à ce projet au nom de leur engagement dans la vie sociale et de l'intérêt qu'ils portent aux enfants et au théâtre.
“Partir. Sortir. Se laisser séduire. Devenir plusieurs, braver l’extérieur, bifurquer ailleurs. Voici les trois premières étrangetés, les trois variétés d’altérités, les trois premières façons de s’exposer” Michel Serres, le tiers instruit.
Pierre-Yves Le Louarn





06 / 05 / 00
21 / 29 / 00 



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